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Suivez la route de l'animation

L’Abbaye de Fontevraud accueille régulièrement des réalisateurs de films d’animation. Xavier Kawa-Topor , son directeur, a mis en place cette action qui regroupe 8 salles de cinéma autour de l’abbaye pour que les auteurs du monde entier aillent à la rencontre des spectateurs.

 

Dimanche 6 octobre : Rencontre avec Eric Omond

 

tl_files/studio/images/films/affiches/L/loulou-l-incroyable-secret.jpg1ère étape  au Studio, avec une avant « avant première » (il ne sortira qu’en décembre) de Loulou l’incroyable secret. Le réalisateur a répondu aux questions des petits et des grands, ému parce qu’après deux ans de travail un peu abstrait, c’était enfin la rencontre avec le réel : le public.

Venu de la BD, il est le créateur de Toto l’ornithorynque. Après 15 ans derrière sa planche, il a eu envie de voir autre chose. Il a travaillé sur L’Illusionniste, sur Zarafa. C’est son 1er film. « J’étais  au service de l’univers de Grégoire Zolotareff, de ses personnages mais celui-ci était très à l’écoute de ce que je pouvais apporter. Il n’y a pas eu de tension car nous avions énormément de goûts communs, notamment picturaux. » mais aussi au niveau du cinéma (expressionnisme allemand avec ses cadrages, ses ombres portées et l’imagerie technicolor des grands films hollywoodiens). « Je me suis retrouvé dans ses personnages. Dans cet univers entre les mondes des hommes et des animaux. Les personnages ont des réactions animales tout en étant très humanisés. Seuls les chiens et les ours sont encore des animaux…

 

Ce n’est pas un éloge végétarien mais plutôt une condamnation du déséquilibre. En créant ces carnages, on rompt l’équilibre de la nature. » C’est la suite de Loulou: ils sont devenus adolescents. « Loulou a été élevé dans le pays des lapins. C’est un monde naïf. Il va au pays des loups sans idée derrière la tête. Il se laisse embarquer sans réaliser vraiment. » « Pour créer une rupture, nous n’avons pas eu envie de reprendre les voix du 1er film. Toutes les voix ont été choisies à l’aveugle, à l’oreille, sans les noms, sans les visages, sans se poser des problèmes de notoriété. »

 

Un film réussi, entraînant, très beau visuellement, à la fois humoristique et d’aventures et qui sait jouer sur différents niveaux de lecture (« le festival de carnes ! » ) qui a semblé beaucoup plaire au 140 participants de ce ciné p’tit déj organisé par la commission Jeune Public.              

 

DP

 

Lundi 7 octobre : panorama chinois

 

la Cinémathèque proposait un programme de neuf courts-métrages d’animation chinois réalisés entre 2006 et 2013 par de jeunes réalisateurs. L’un d’eux, Chen Chen, actuellement en résidence à Fontevraud, est venu évoquer son parcours personnel et celui du cinéma d’animation de son pays.

Il explique, qu’en Chine, l’histoire de l’animation n’est pas continue, et que malgré tout : inexistence de studios pour travailler en groupe, manque de distributeurs et de producteurs… les jeunes créateurs tentent de maintenir les traditions et c’est entre eux et par Internet, qu’ils prennent connaissance de ce passé mis en veille pendant une vingtaine d’années.

Comme on a pu le constater avec cette programmation, ces jeunes réalisateurs parviennent à conjuguer créativité et références aux anciennes techniques.

 

Par exemple, Zhiyi Zhang a su recréer des impressions de lavis animé à partir d’un ordinateur et faire rêver avec un bijou de poésie aquatique dans Quête. Tandis que Chen Xi rend hommage à la Chine de 1910 à 1940, dans ses films, comme Mahjong et Winter Solstice (d’une grande beauté formelle), et que Lei Lei, en tandem avec Thomas Sauvin, propose, dans Recycled, un montage de milliers d’images vraisemblablement prises par des photo filmeurs (photographes professionnels sur les lieux touristiques). On a pu découvrir aussi la relecture par Cheng Ming d’un texte du quatrième siècle, Legend of the Peach Garden, mêlant techniques informatiques et techniques traditionnelles du théâtre d’ombres et du lavis, ainsi que DoubleFikret, de Haiyang Ming, étonnant et magnifique maraboutdeficelle surréaliste au pastel. Chen Chen quant à lui, élève à l’école de La Poudrière à Valence jusqu’en 2010, présente son film de fin d’études, M’échapper de son regard: une mise en dessins du sentiment de honte vécu par un homme confronté au regard d’un… poulet : drôle et cruel ’animation chinoise semble avoir de nouveau un futur et c’est tant mieux !

 IG

 

Mardi 8 octobre : Libres courts

 

Ce soir, projection de huit courts métrages réalisés par de jeunes cinéastes en résidence à l'abbaye de Fontevraud. Le principe de ces résidences Écriture et recherche, est simple et beau : offrir aux sélectionnés un mois de totale liberté. Un mois pour créer sans exigence de résultat. Un mois pour se poser, réfléchir. Dix résidents se retrouvent ainsi, en même temps, afin de favoriser les interactions, stimulations, échanges.

 

Deux de ces dix privilégiés sont venus pour rencontrer le public après la projection. Kristian Andrews, anglais, réalisateur de Rabbit punch et Céline Devaux, auteure de Vie et mort de l'illustre Grigori Efimovitch Raspoutine.

 

Ce qui frappe et est souligné par une spectatrice, c'est la grande créativité des différents films, la plupart en noir et blanc, et aussi la violence qui se dégage de beaucoup d'entre eux dont Rabbit punch. Kristian Andrews met en avant l'aspect autobiographique de son film, il a vécu tous les faits qu'il y relate. L'animation lui a permis de montrer subjectivement son expérience et de prendre de la distance. « Norfolk est un endroit très peu stimulant » dit-il, et le noir et blanc l'a aidé à en exprimer toute la morosité. Pour Céline Duvaux, la violence est inhérente à l'histoire qu'elle raconte (la vie de Raspoutine), son utilisation du noir et blanc est liée à une volonté de rappeler l'esthétique de l'époque. Mais tous les deux précisent aussi que le noir et blanc allie, de façon plus pragmatique, deux avantages : il est plus économique et permet d'aller deux fois plus vite.

 

Ce mois à l'abbaye de Fontevraud est pour eux un moment privilégié. Kristian Andrews peut enfin se consacrer à l'écriture grâce à cette « bulle » qui l'éloigne un temps de son travail, à Londres, dans la publicité. Pour Céline Duvaux, c'est un peu différent puisque sa résidence est un prix qu'elle a reçu au festival Premiers plans d'Angers. « Ce n'était pas du tout prévu, alors j'en profite. » Passionnés par leur art, ils comptent bien pouvoir continuer à le pratiquer longtemps et réussir à en vivre. C'est tout le mal qu'on leur souhaite.   

 

JF

 

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